Spotify valorisé à 800M€ aujourd’hui, Deezer 80M€ par Orange il y a un an, cherchez l’erreur…

Spotify a été valorisé aujourd’hui 774 millions d’euros  suite à une levée de fonds de 69M€ qui devrait lui permettre de poursuivre sa croissance à l’international, notamment aux US. Pour rappel, même si le chiffre n’avait pas été annoncé, Deezer aurait été valorisé 80 millions d’euros par Orange pour en acquérir 11% des parts.

Il est donc légitime de se demander si Spotify vaudrait près de 10 fois plus que Deezer ? Ou s’il suffit aujourd’hui d’un bon buzz aux US pour décrocher le jackpot ? ou finalement si Orange n’aurait pas réalisé la bonne opération il y a un an ?

Est-ce que Spotify vaudrait près de 10 fois plus que Deezer ?

Pour répondre à la première question, comparons les 2 services. Sur l’offre et le business model il n’y a fondamentalement aucune différence entre les 2 sites : un service d’écoute de musique en streaming, gratuit et payant de 5 à 10€ / mois, disponible sur PC et mobile. Par contre, trois différences majeures les distinguent.

La première à l’avantage de Spotify est le catalogue de musique. En effet, le site suédois a réussi à signer des accords avec la plupart des maisons de disque pour lui permettre d’associer un catalogue varié à une disponibilité dans un grand nombre de territoires, dont les Etats-Unis. A condition, et voilà la deuxième différence, d‘imposer une limitation aux utilisateurs, à savoir limiter l’écoute d’un titre à 5 fois. Ainsi, au-delà de 5 écoutes d’une chanson, un utilisateur ne pourra jamais au grand jamais la ré-écouter sur Spotify, à moins de passer sur une offre payante. Contrainte qu’a refusé Deezer, qui a fondé son service sur le principe de playlist et qui ne pouvait donc accepter cette limitation. Le site français a préféré limiter l’écoute à 5h/mois, ce qui permet de maintenir une utilisation du service dans ses fonctionnalités de base et qui ne doit impacter finalement que 10% des hard-users. Avantage donc à Deezer sur ce point, mais inconvénient lorsqu’il s’agit de négocier avec les majors, Universal en tête, qui refusent d’accepter cette condition. La dernière différence réside dans les technologies utilisées pour la version fixe : un site en html5 pour Deezer, un logiciel à installer pour Spotify. A l’heure du cloud computing, des modèles d’architecture en SaaS et autres ChromeOS, l’avantage serait plutôt à Deezer qui a choisi une technologie tourné vers l’avenir.

Donc résultat final 1-2 pour Deezer. Mais le point marqué par Spotify sur l’exhaustivité du catalogue est sans doute suffisant à lui  seul pour dépasser les 2 autres, particulièrement pour un service d’écoute de musique ! A moins, que la limitation à 5 écoute au total se révèle être une condition rédhibitoire à moyen terme pour les utilisateurs.

Est-ce qu’il suffit d’un bon buzz aux US pour décrocher le jackpot ?

Mais peut-être que la victoire de Spotify réside dans un autre domaine, le buzz. En effet, il ne fait aucun doute que Spotify bénéficie d’une sur-médiatisation et d’un buzz positif et en particulier aux US, terre d’accueil des start-ups en quête de croissance et de valorisation à 9 chiffres. Avec l’entrée de Sean Parker, co-fondateur de Napster, au capital de Spoify le site a connu une exposition sans pareil aux Etats-Unis alors que le site n’y était encore pas disponible (pour l’anecdote c’est le même Sean Parker qui est entré au capital de Facebook à ses débuts et que l’on retrouve dans le film The Social Network incarné par Justin Timberlake, ce dernier ayant racheté récemment MySpace, concurrent malheureux de Facebook… On s’y perdrait presque !). Par ailleurs, Spotify surfe sur la vague de Netflix qui sur le même modèle dans le cinéma connait un vif succès aux Etats-Unis. Spotify occupe donc une place vacante dans l’esprit des gens pour un service de consommation payante de musique par abonnement. Pour preuve, ce fameux buzz a permis à Spotify de compter 70 000 nouveaux abonnés une semaine à peine après son lancement aux US.

Est-ce que Orange aurait réalisé la bonne opération il y a un an ? 

Mais un buzz positif et un catalogue exhaustif suffisent-ils à justifier cet écart avec Deezer, et finalement est-ce qu’Orange n’aurait pas fait la bonne opération il y a un an ? Tout d’abord, lorsqu’on y regarde de plus près, la valorisation de Spotifiy parait largement sur-évaluée. En effet, le site a enregistré des pertes de 26M€ en 2010 pour seulement 50,9M€ d’actifs. Mais le site semble également vivre ses premières difficultés à l’international avec son entrée sur le marché américain où il est poursuivit pour violation de brevets. A l’inverse, grâce à sa stratégie d’intégration de Deezer à ses abonnements, Orange a réussi à véritablement convertir les utilisateurs du service au modèle payant en passant de 25 000 abonnés au moment de la prise de participation à 800 000 abonnés en mars avec un objectif d’1M d’abonnés dès cet été. Le  développement à l’international de l’offre permettra également de perpétuer la croissance du nombre d’abonnés au service, notamment au UK où Deezer sera prochainement proposé aux abonnés Orange. Une fois le différend avec Universal résolu et des partenariats signés avec les grandes maisons de disque à l’international, il ne restera donc qu’un pas avant l’expansion et le succès du service aux Etats-Unis : celui de créer le buzz outre-atlantique !

via PaidContent

La passe de trois aura bien lieu : Orange rachète 49% de Skyblog !

Épilogue d’un suspens qui a duré près de 8 mois pour savoir si Orange allait prendre possession du Web français, le verdict est tombé : la réponse est Oui ! En effet, Orange vient d’annoncer aujourd’hui l’acquisition de 49% du pôle Web de Skyrock et notamment la plate-forme de blog bien connue Skyblog pour un montant non annoncé.  Skyblog c’est 12M de visiteurs uniques en France pour près de 600 millions de pages vues et 18M de VU dans le monde. Il se classe 24e site le plus visité en France selon Alexa.

Quel mouche a donc piqué Orange pour continuer sa folle aventure d’acquisition de site Web français et surtout pour acheter Skyblog ?

Les points forts du site :

Avec près de 12M de VUs, Orange semble en premier lieu acheter une base d’utilisateurs et l’audience du site. De cette manière, Orange pourra poursuivre la valorisation de ses contenus pour sa régie publicitaire Orange Ad Network, qui plus est avec un site à 600M de pages vues.  En outre, les utilisateurs de Skyblog sont généralement des jeunes. Ainsi Orange pourra proposer une audiences ciblées à ses annonceurs. Par ailleurs, la place que Skyblog occupe à l’international permettra à Orange de poursuivre le développement de sa régie hors des frontières françaises comme il a pu le faire en signant un partenariat avec Dailymotion pour devenir sa  régie européenne.  Enfin, Orange rajoute une corde de contenus à son arc, après la musique de Deezer, la vidéo de Dailymotion, voilà le texte et la photo avec Skyblog.

Les interrogations :

Mais des questions demeurent quant à l’attrait réel de cette plate-forme. Tout d’abord, et c’est bien connu, Skyblog héberge des contenus de faible qualité, sans grand intérêt. Aussi, cela pourrait être un frein pour les annonceurs qui ne voudront certainement pas associer leur marque aux contenus proposés. En outre, avec l’émergence des réseaux sociaux, Facebook, Twitter et Google+ en tête, les plates-formes de blog semblent être de plus en plus dépassés et sont plus sur le déclin que sur la croissance. Enfin, on peut s’interroger sur le développement business du site au-delà de la publicité, Deezer et Dailymotion proposant des contenus monétisable par du payant, on imagine mal payer pour l’accès à Skyblog !

Le défi d’Orange :

Le défi pour Orange  après ce rachat sera donc bien de convertir Skyblog en plate-forme « propre ». De faire levier sur sa base d’utilisateurs pour créer un véritable réseau social pour les jeunes où ils pourront raconter leur vie et leurs aventures, avec le risque aussi de perdre les utilisateurs existants. En intégrant en plus de la musique et des vidéos, qui sont aussi très adaptés au partage,  Orange pourrait réussir à créer un éco-système propice à l’émergence d’un réseau de partage multi-contenus et créer des synergies pour une valorisation globale de ses acquisitions. Mais pour le coup, le défi est vraiment de taille !